Gabrielle, manageuse, tourneuse et secrétaire personnelle
de ce cher Rodrigue
contemplait la dernière newsletter avec
perplexité.
"C'est tout de même fou que les premiers mots qui lui
viennent soient toujours d'une telle concupiscence" songeait-elle.
Gabrielle mordillait sa langue, les mots flottaient et dansaient sur ses lèvres
pendant que quelques grains de poussière
s'échappaient de la cheminée.
"Si vous vous laissiez aller" chantaient les mots...
"Venez zzzzz'à moi" sifflaient les autres...
Sans s'en apercevoir, Gabrielle dégrafa son chemisier.
Ses doigts sur sa poitrine de verre émirent une mélodie au moment même où
un cadeau tomba de la cheminée et qu'une voix rauque maudissait le ciel
regrettant le temps des ramoneurs.
Mais Gabrielle n'écoutait plus.
Les mots comme autant d'ondes aquarelles vibraient en elle.
Comme dessiné par un Modigliani en extase, Gabrielle était
allongée en parure de luxure sur sa table de travail.
Un gros bonhomme rouge finit par sortir difficilement de la cheminée,
la barbe
noire
et les cheveux hirsutes. Quand il ouvrit les yeux, Gabrielle semblait
dans les abîmes du plaisir, lascive, le corps tendu par les soubresauts de son imagination.
Noël n'en revenait pas:
"d'habitude c'est moi qui amène les cadeaux" pensa-t-il.
Ebahi, envoûté , comme subjugué, il avança à pas de loup.
Pris par la folie, il fit voler son bonnet puis lentement commença à dénouer sa
ceinture
laissant apparaître un torse robuste forgé par les âges.
Quand il fut à quelques centimètres de Gabrielle,
le père Noël fut soudain pris de violentes secousses, il émit un vieux râle
sonore et glacial, une femme rougeotte lui criait dans l'oreille:
"Oh Oh Oh, Noël! Il est 17 heures, il serait temps que tu te réveilles!
Je t'ai
préparé
des patates et ta hotte est prête!
N'oublie pas que dans une heure tu dois être au Japon!"
Des lutins en culottes courtes sautaient dans des nacelles en riant pendant que
la grosse dame venait lui apporter un potage verdâtre avec des patates douces.
Quand Noël sortit dans le froid hivernal, une larme de satin vint onduler sur sa
joue avant de scintiller dans l'air brumeux...
Dans ses reflets, on aurait pu entendre Gabrielle qui criait encore la
newsletter:
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